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Expérience n°1 — L’éducation de masse

Expérience n°1 — L’éducation de masse

Au départ, je me suis intéressé aux analogies que l’on pouvait faire avec le système éducatif français. Mon objectif était d’identifier des points communs avec d’autres problématiques et identifier les éléments clefs qui ont de l’impact afin d’amorcer un débat.

Je reproche notamment à l’éducation nationale la volonté de créer un système idéal pour un élève « type » qui dans la réalité n’existe pas. Les conséquences, pour moi, sont l’industrialisation du système éducatif dans lequel deux enfants totalement différents sont formé d’une exacte même pédagogie. Une autre conséquence est la marginalisation de l’élève différent (la différence étant un atout) qui, ne s’adaptant pas, est en situation « d’échec scolaire » et aura bien du mal à s’intégrer et s’épanouir dans la vie active.

C’est en cherchant une problématique liée à « l’industrialisation de masse » que cette idée m’est venue.

Loin de moi l’idée, au départ, de trouver autant de similarités entre ce que je peux reprocher aux méthodes de l’éducation nationale pour former la jeunesse et les arguments que les végétariens utilisent en faveur de la cause animale. J’espère que vous êtes choqués à la lecture de cette dernière phrase mais laissez-moi vous démontrer que cela n’est pas tant de l’exagération.

A — Processus de l’expérience

1/ J’ai choisi de prendre un article « lambda » (les mots clefs que j’ai cherché sont : « élevage de masse cause animale ») luttant contre la production de masse et les abattoirs industriels. (Source ici)

Capture d’écran du site source

2/ J’ai ensuite, par la simple fonction « remplacer » de mon éditeur de texte, converti les mots ayant attrait à la thématique de la viande avec son équivalent en terme de sens dans l’éducation.

J’ai pour cela considéré que l’école était un processus permettant de former le plus d’élèves possible jusqu’au diplôme en un temps minimal. J’ai choisi de schématiser le concept comme un tapis roulant orné d’outils, entouré par des opérateurs avec une matière première transformée en produit fini. C’est à ce moment que la conversion a pu s’opérer.

Les mots « bêtes, animaux, espèces, porcs, etc. » sont remplacés par le mot « élèves », les mots du type « abattage » ou « mort » sont associés à l’objectif final du processus soit la certification, les diplômes ou l’obtention de compétences. L’ « élevage » est associé aux méthodes de l’éducation et les « éleveurs », les enseignants. L’école est ici substitué à l’abattoir (moyen de production), la ferme pour la maison. Les « anti-école » étaient les végétariens (anti-viande) et enfin, le « gras » est associé ici aux valeurs humaines.

J’ai ensuite procédé à la rectification des — nombreuses — fautes d’orthographe et de grammaire pour que la lecture ne soit pas une corvée.

B — Résultats

Le texte est long et assez brut afin que je ne sois pas accusé d’avoir tout orchestré. Je n’oublie pas le fait que les dates et les citations deviennent, suite à l’expérience, totalement fausses. Si vous n’avez pas la patience de lire l’intégralité du texte, je vous suggère de ne lire que les phrases mises en avant.

Conviés, les représentants des principales filières n’ont pas souhaité faire le déplacement. Dommage, car l’on aurait bien aimé connaître leurs opinions sur la formation de masse qui s’est imposé comme le dénominateur commun de toutes les éducations. De fait, l’élève issu de l’éducation traditionnelle à être diplômé et épanoui est rare. L’immense majorité d’entre eux finit dans avec le même parcours que ses semblables.

Si ces établissements étaient encore à taille humaine et locaux, voire communaux il y a quelques décennies, ils n’ont pas échappé à la rationalisation de leurs activités. Reflets de l’augmentation de notre « consommation de diplôme », ils se sont organisés, mécanisés à l’image des écoles qui inspirèrent, au début du XXe siècle Henry Ford et son travail à la chaîne.

“We don’t need no education. We don’t need no thought control” — The Wall — Pink Floyd

« Objectif de ce système, la cadence, toujours la cadence, avec un impératif en tête: le rendement. »

Les misères de l’éducation industrielle

“L’industrialisation des écoles les a fait basculer dans l’horreur”, déplore Jean-Luc Daub, auteur de Ces élèves qu’on diplôme : Journal d’un enquêteur dans les écoles françaises. Stress des élèves, attentes sans fin, obtention d’un diplôme sous-évalué, souffrance des enseignants qui se répercute sur les élèves. En dépit des normes croissantes en faveur du bien-être de l’élève, l’école moderne, lieu de dissimulation de la certification, n’est pas en mesure de garantir à l’enseignant une insertion dans la société digne de l’élève qu’il a éduqué.

« L’école moderne […] n’est pas en mesure de garantir à l’enseignant une insertion dans la société digne de l’élève qu’il a éduqué »

“Je continue de faire des cauchemars, je suis hanté par les élèves” témoigne l’ex-enquêteur, se faisant écho de la projection d’un film Entrée du personnel. Son objet? Ces instituteurs qui eux aussi font des cauchemars, eux aussi souffrent, consignés aux mêmes tâches, aux mêmes gestes, dans une logique qui rappelle qu’à ne considérer les élèves comme des machines, en font aussi les frais.

“La seule alternative, c’est la formation à la maison”, affirme Sylvain (le prénom a été modifié). L’enseignant de REP, Sylvain, forme ses élèves avec l’aide d’un professionnel directement dans sa maison. Raison pour laquelle il s’est doté d’un laboratoire et de l’équipement nécessaire pour former ses élèves, un choix autorisé par la taille modeste de son exploitation, qui lui coûte aussi plus cher. Mais, dit-il, “ça ne me pose pas de problème”.

Ces élèves que l’on diplôme

Ainsi finissent pourtant les élèves, empaquetées dans des usines à diplôme. Peu importe la qualité de l’éducation ou le soin avec lequel l’enseignant aura traité ses élèves, l’école moderne s’est imposée comme l’entonnoir immense de toutes les “productions d’actifs”.

« L’école moderne s’est imposée comme l’entonnoir immense de toutes les productions d‘actifs »

Un ressenti qui contraste avec les formations, plus rares, qui ont lieu à sa maison pour sa gratification personnelle, seul cas où celui-ci est autorisé par la loi. “Lorsque l’on formait à la maison pour de la famille ou des amis, là ça avait du sens. C’était rattaché à de la convivialité, à quelque chose de joyeux”, un peu comme si avoir conscience ce qu’il advient de l’élève permet déjà à l’enseignant de jouir des compétences qu’il lui enseigne.

“Est-ce que ce n’est pas la formation industrielle qui permet aujourd’hui aux enseignants de revendiquer cet attachement à leurs élèves, mais aussi de voir ce qu’il ne fallait pas faire ?” s’interroge le sociologue Jérôme Michalon à l’instar de Thierry Schweitzer, enseignant qui dirige une faculté florissante en Alsace : “Qu’est-ce qui fait qu’après dix générations d’éducation c’est à moi de me poser ces questions aujourd’hui? De toute évidence, la massification a éveillé ma conscience,” affirme-t-il.

Faut-il devenir anti-école ?

“L’éducation industrielle est une injustice,” s’insurge la philosophe Corinne Péluchon. Mépris des normes, absence de considération des besoins de l’élève “réduit à rien”, droit absolu de l’enseignant sur les élèves. La massification est aussi le vecteur d’une perte de sens de l’activité d’enseignant, “une aberration” selon la philosophe qui constate que chez les nouveaux enseignants, tous ces jeunes qui s’y mettent, “il y a un véritable désir de se réapproprier le travail, de retrouver du sens dans le travail.”

« Absence de considération des besoins de l’élève “réduit à rien”, droit absolu de l’enseignant sur les élèves »

 

« Chez les nouveaux enseignants, tous ces jeunes qui s’y mettent, il y a un véritable désir de se réapproprier le travail, de retrouver du sens dans le travail »

Au-delà de la fuite en avant d’un système productiviste, “toute la question est de savoir comment former les élèves, les respecter, tout en les conduisant à l’insertion dans le monde professionnel de demain ?” s’interroge-t-elle.

Traducteur du juriste Tom Regan, théoricien de l’élève en tant que “sujet-d’une-vie”, qui prive de fait l’enseignant de tout droit sur lui, le philosophe estime que la morale nous commande de “libérer les élèves” et n’hésite pas à faire référence à l’analogie désormais classique mais critiquable du surdiplômé au chômage.

Un monde sans élèves est-il souhaitable ?

En somme, le dilemme est simple: faut-il au nom d’une certaine philosophie morale abandonner l’éducation et libérer les élèves, ou réinventer le lien qui nous unit à eux ? Sociologue, observateur attentif des enseignants et de leur rapport à l’éducation des élèves, Sébastien Mouret penche plutôt du côté de la deuxième proposition.

Pas question selon lui d’ériger tel ou tel comportement comme une norme, une règle à respecter. “Le régime anti-école en tant qu’application d’un idéal tend parfois vers une forme de fantasme d’une vie sans effort et sans échec” continue-t-il. Quant aux « anti-éducation nationale », s’il procède d’une interrogation existentielle, personne ne peut empêcher l’individu de devenir « anti-éducation nationale », estime le sociologue, il se dit en revanche “moins d’accord” dès lors qu’il s’agit d’un « anti-école » éthique érigé en “solution” à la question de l’éducation.

Historiquement, rappelle d’ailleurs l’essayiste Michelle Julien, la société protectrice des élèves, née dans l’Angleterre victorienne, promouvait certes la justice, la compassion, la morale et l’hygiène, dans le but de contrôler les masses. Objectif déclaré des premiers défenseurs des droits des élèves au XIXe siècle : promouvoir le bien-être de l’élève, leur défense, mais aussi la neuroscience (la science de la pédagogie de l’élève). “Tout cela naît dans une forme de hantise de la Révolution française, l’idée c’est qu’en augmentant la production de diplômés, on rend l’insertion professionnelle moins difficile donc on limite le risque de révolte”, analyse la polémiste.

Alors que la philosophe Elisabeth de Fontenay constate que l’opposition entre spécistes (qui placent l’enseignant au-dessus des autres élèves) et antispécistes (estimant que tous les humains doivent jouir d’une considération égale) ne tient pas. “Nous sommes ici bien franchouillards et je m’en réjouis, nous n’opposons pas les enseignants et les élèves. C’est un certain capitalisme, une structure qui est à combattre, pas des enseignants ni des métiers”. Combattre la massification, quitte à revenir en arrière ? Loin s’en faut estime cette disciple de Derrida, “revenir à l’éducation d’antan serait réactionnaire,” assène-t-elle, dès lors en matière d’éducation, “rien n’est à reconstruire mais tout est à construire.”

« C’est […] une structure qui est à combattre, pas des enseignants ni des métiers”

Le système éducatif a-t-il vraiment évolué depuis le dernier siècle ?!

« Revenir à l’éducation d’antan serait réactionnaire, […] en matière d’éducation, rien n’est à reconstruire mais tout est à construire »

 

Réinventer l’éducation

Histoire d’associer la théorie à la pratique, Armand Touzane, directeur du consortium témoigne de la renaissance d’un type d’éducation en plein air. En 1981, seuls 36 écoles de ce type étaient encore en fonctionnement. Si rien n’avait été fait, ces écoles auraient tout simplement disparu. “On s’est demandé quel était l’avenir de ces écoles, raconte Armand Touzane, et on s’est rendu compte qu’on avait entre les mains un héritage de 3.000 ans d’histoire, cet héritage, c’est l’héritage des valeurs”.

Aujourd’hui, avec ses 850 élèves, ces écoles en plein air restent “une niche”, mais elles sont sauvées, et c’est à Armand Touzane de témoigner de cette “relation extraordinaire à l’élève”, tout le contraire pour lui de “l’inhumanité ». L’industrialisation de l’éducation a dépossédé les enseignants de l’éducation.

C’est l’environnement économique que les enseignants ont contribué à créer qui a fini par les dépasser”, regrette Thierry Schweitzer

« L’industrialisation de l’éducation a dépossédé les enseignants de l’éducation »

 

C — Analyse

L’analyse de l’expérience est primordiale afin de pouvoir en tirer des conclusions.

Le texte modifié n’est pas complètement dénué de sens. Sa lecture par des personnes non-averties (à propos de l’expérience) a été plutôt fluide. En effet, ils n’ont pu déceler aucun illogisme critique, je vous encourage à tester par vous-même. Certaines phrases sont très accrocheuses (celles mises en avant) et des fortes valeurs humaines sont évoquées. D’autres paragraphes, une minorité, n’ont aucun intérêt particulier mais ne viennent tout de même pas choquer le bon sens.

Mon ressenti : la comparaison est dérangeante, les enfants ne sont pas du bétails ! Comment puis-je me sentir mal à l’aise ? Comparer l’école à un abattoir est hors de propos ! Mais alors que s’est-il passé ?!

J’ai interprété cette sensation de dégout à mon degré d’identification dans le texte. Plus l’association d’une phrase de l’article me reliait à mon expérience et plus le sentiment de rejet était fort.

Tout d’abord, le fait de se sentir sur des rails prédéfini selon la valeur que la société donne aux filières jusqu’au diplôme était fort pour moi, le “pas de côté” est déconseillé et la différence très mal venue!

“Tu es sur que tu veux quitter la filière Scientifique ? Tu vas te fermer beaucoup de portes.”

Le rapport hiérarchique fort entre l’enseignant, incontestable “sachant”, et l’élève, “réduit à rien” m’a beaucoup affecté. Selon mon expérience, un débat avec un professeur a toujours été considéré comme de l’insolence : “Comment te permets-tu de me répondre ?!”. L’élève est-il si inconscient, si novice et si immature pour espérer avoir une bonne idée ? Un professeur devrait être à l’écoute de ses élèves et partager ses problématiques avec les principaux intéressés afin de progresser également.

Un élève critique contestant l’affirmation d’un enseignant sera gratifié d’un avertissement de comportement.

Comment donner du courage et de l’envie quand la prise de risque est récompensée avec de beaux avertissements et des heures de retenue incroyablement contre-productives ? Je reste coi quant au fait qu’aujourd’hui l’enfermement des enfants “à problème” dans une classe le mercredi après-midi soit maintenue compte tenu de la force avec laquelle les français défendent leurs libertés individuelles.

Je suis conscient que cette expérience comparant un texte dont le sens original a été modifié et mes expériences est complètement subjectif. Cependant, en ce qui me concerne, l’objectif est atteint. Grâce à ce mécanisme grossier qui consistait à substituer des mots à d’autres, j’ai pu relier plusieurs éléments du texte à ma scolarité.

Conclusion

Jean-Christophe Hembert, Kaamelott, Livre II, Corpore sano, écrit par Alexandre Astier

Le simple fait de pouvoir comparer ces deux sujets sans grand artifice met en lumière l’existence d’un retard incroyable de l’école par rapport à d’autres révolutions modernes ainsi que l’aveuglement de la population vis-à-vis de cette problématique. Tout le monde entend parler du mouvement végétarien en France cependant personne n’hésite à mettre son enfant à l’école classique.

L’idée pour moi n’est pas de rejeter tout en bloc mais de pointer du doigt des pratiques qui peuvent sembler banales voire justifiées alors qu’en réalité, des alternatives à ces pratiques, parfois déshumanisantes, existent.

J’espère sincèrement que vous avez vous aussi des réactions, qu’elles soient positives ou négatives, le but de cet article étant de se questionner autour du maintien de certaines pratiques ancestrales du système éducatif classique.

Ma volonté est, via Cours par Cœur, de créer un système éducatif de toute pièce, sans se brider, qui aurait un seul objectif : accompagner les enfants jusqu’à l’âge (qui varie en fonction des personnes) à partir duquel l’enfant sera autonome, se connaitra, s’assumera et s’épanouira pleinement dans sa vie.

« Les enfants ne doivent pas devenir des “contorsionnistes” capables de rentrer dans les cases de notre société. Ils devraient plutôt devenir des “menuisiers”, capables de remodeler ces cases à l’infini pour les rendre conformes, tout au long de leur vie, à leur façon d’être. » — S. Barranger

Je vous remercie pour votre lecture,

Quentin Paronneau


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